Faire des choix :
les priorités scientifiques et technologiques de l'INRIA

L'INRIA veut être reconnu comme le meilleur institut de recherche européen et l'un des tout meilleurs mondiaux dans les domaines de l'informatique et des mathématiques appliquées. Pour réaliser cette ambition, l'institut doit définir une politique d'établissement reposant sur des choix clairement affirmés.

La stratégie de l'INRIA prend sa source dans les missions qui lui ont été confiées et s'inscrit dans une vision du monde scientifique et technologique d'aujourd'hui.. L'innovation dans le domaine des STIC s'appuie de façon essentielle sur la recherche scientifique, parfois la plus fondamentale : combiner intimement l'excellence scientifique et le transfert technologique est le fondement de la stratégie de l'institut. C'est l'excellence scientifique qui permet d'attirer les meilleurs chercheurs, les plus brillants étudiants et les industriels en quête de l'état de l'art ; et c'est l'implication forte dans les actions de transfert technologique qui permet de tirer le meilleur parti des compétences ainsi rassemblées, et de créer à partir des résultats de la recherche des richesses et des emplois.

Les orientations que l'INRIA retient comme des priorités de son action sont choisies en fonction de sa vision des enjeux scientifiques et technologiques, économiques ou sociétaux, et en fonction de ses compétences et de sa culture. Elles concernent des sujets de recherche :

- où l'institut estime que sont présents à la fois des questions scientifiques difficiles et motivantes, parfois fondamentales, et des enjeux forts en matière de transfert technologique,

- sur lesquels l'INRIA a la vocation de mobiliser fortement ses compétences pour avoir un impact très visible au plan national, européen et international,

- et sur lesquels il souhaite que porte particulièrement l'évaluation de son action qui pourra être menée à l'issue de la période des quatre prochaines années.

L'objectif essentiel de l'INRIA pour les prochaines années est de réaliser des percées scientifiques et technologiques majeures dans le cadre des sept grands défis prioritaires suivants :

- concevoir et maîtriser les futures infrastructures des réseaux et des services de communication,

- développer le traitement des informations et données multimédia,

- garantir la fiabilité et la sécurité des systèmes à logiciel prépondérant,

- coupler modèles et données pour simuler et contrôler les systèmes complexes,

- combiner simulation, visualisation et interaction,

- modéliser le vivant,

- intégrer pleinement les STIC dans les technologies médicales.

La mobilisation des efforts de l'INRIA vers ces sept priorités, décrites en annexe, ne prendra pas la même forme pour toutes : certaines nécessiteront des efforts particuliers pour nouer ou renforcer des partenariats, ou pour renforcer la dynamique et le succès des opérations de transfert technologique, certaines encore ont vocation, plus que d'autres, à bénéficier de réorientations thématiques de chercheurs ou d'équipes de l'institut. Pour ce qui est des recrutements, l'institut devra tenir compte du fait qu'il a dans son effectif actuel des forces déjà importantes pour attaquer certains défis, mais très insuffisantes pour d'autres. C'est pourquoi la politique de recrutement de chercheurs permanents privilégiera trois défis scientifiques et technologiques :

- concevoir et maîtriser les futures infrastructures des réseaux et des services de communication,

- développer le traitement des informations et données multimédia,

- modéliser le vivant.

Il est important de préciser que l'institut devra, dans les prochaines années, continuer à développer des activités de recherche hors de ses sept défis prioritaires, notamment sur les sujets où il a la chance de posséder une équipe ou un chercheur du meilleur niveau mondial, qu'il est alors particulièrement important de soutenir.

La présentation de ces sept défis repose sur les réflexions prospectives menées par les chercheurs et enseignants-chercheurs des projets de recherche de l'institut, réflexions prospectives dont la synthèse peut être consultée sur le site Web de l'INRIA.

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L'organisation de la recherche à l'INRIA continuera dans les prochaines années de reposer principalement sur les projets de recherche. En promouvant la dimension collective de la recherche et en regroupant les chercheurs au sein d'équipes dont les objectifs sont bien identifiés, elle accroît la visibilité et l'impact des travaux menés au sein de l'institut. D'une grande souplesse, elle permet une bonne réactivité, que l'institut a accrue ces dernières années en amplifiant le renouvellement de ses projets de recherche . Pour tirer tous les avantages de cette organisation en projets, l'institut doit cependant être vigilant sur plusieurs aspects.

- Il doit éviter que le nombre de ses équipes de recherche augmente sensiblement plus vite que ses effectifs, ce qui entraînerait un émiettement et une dispersion de ses efforts.

- Il doit veiller à favoriser l'autonomie des jeunes chercheurs et l'émergence d'activités de recherche nouvelles, notamment en maintenant les efforts pour ouvrir le recrutement de directeurs de recherche à des candidats extérieurs.

- Enfin, l'institut doit s'efforcer de préserver, mieux qu'aujourd'hui, une grande diversité des projets de recherche. La stratégie de l'INRIA, reposant sur l'objectif d'être présent au meilleur niveau sur la scène scientifique internationale et sur un fort engagement dans des actions de transfert technologique, ne doit pas se transformer en une norme selon laquelle chaque projet doit à la fois mener des recherches théoriques, développer des logiciels et avoir des contrats de recherche avec des partenaires industriels. De tels projets de recherche, bien en phase avec la stratégie de l'INRIA, ont certainement vocation à rester les plus nombreux, mais il est important qu'émergent des initiatives plus diversifiées dans les créations de projets.

Pour mettre en oeuvre ces priorités et compléter efficacement son organisation très "plate" en projets de recherche, l'institut doit aussi progresser dans trois directions.

  • Tout en maintenant son choix de ne pas se donner une organisation en départements scientifiques, l'INRIA doit mieux s'organiser pour construire une vision globale de ses recherches et de ses activités de transfert technologique et pour mettre en oeuvre sa politique scientifique et technologique d'une façon coordonnée sur l'ensemble de ses unités de recherche. Pour cela, l'institut constituera un Conseil d'orientation scientifique et technologique placé auprès de sa direction générale. Les membres de ce conseil partageront une vision commune de la dynamique des recherches et des grands partenariats de l'institut, et ils contribueront à des tâches d'animation scientifique en organisant des séminaires de réflexion ou de formation, en suscitant des réflexions prospectives, en suivant les interactions scientifiques avec d'autres organismes de recherche et des grands partenaires industriels. Ce conseil aura une interaction régulière avec l'équipe de direction de l'institut, et un lien étroit avec les présidents des comités des projets. En relation avec la direction générale, il aura aussi vocation à contribuer aux réflexions du Conseil scientifique de l'institut.

  • L'INRIA souhaite aussi compléter son organisation en se donnant, mieux que par le passé, le moyen de mener des actions de grande envergure s'appuyant sur le savoir-faire et les réalisations de plusieurs projets de recherche. Lancées en petit nombre et pour une durée limitée, avec des objectifs précis pouvant recouvrir des éventails assez variés d'activités de recherche et de développement, ces actions seront menées le plus souvent avec des partenaires extérieurs, académiques ou industriels, et feront l'objet d'une évaluation spécifique. Chacune de ces actions devra apporter une contribution importante aux résultats et à la visibilité internationale de l'institut, et fera l'objet d'une priorité dans les décisions d'attribution de moyens.

  • Avec l'élargissement du domaine de l'informatique et des mathématiques appliquées, l'augmentation du nombre de ses unités de recherche, et avec l'affirmation plus forte de ses choix de politique scientifique et technologique, l'institut estime que chaque unité de recherche a pour mission de mettre en oeuvre les priorités de la politique scientifique de l'institut, mais qu'elle ne peut être présente au même niveau sur tous les fronts. C'est pourquoi l'institut souhaite choisir pour chaque unité de recherche un petit nombre d'objectifs prioritaires, sur lesquels elle mobilisera son action. Affirmer ces choix permettra d'accroître la visibilité et l'attractivité de chaque unité de recherche, et d'améliorer la lisibilité des recherches de l'institut et celle du dispositif national de recherche dans le domaine des STIC. Cette déclinaison de la politique scientifique et technologique de l'INRIA dans ses unités de recherche permettra d'éviter que les choix liés à la politique scientifique ne soient tous centralisés. Il s'agit de favoriser une meilleure appropriation des réflexions liées à la politique scientifique et technologique par chaque unité de recherche, tout en conservant à l'équipe de direction de l'institut la responsabilité de garder une vision globale des activités des unités de recherche et d'assurer la cohérence des choix de leurs objectifs prioritaires. Pour choisir les objectifs prioritaires de chaque unité de recherche, l'institut s'appuiera sur les sept défis scientifiques et technologiques décrits plus haut et sur les compétences présentes dans chaque unité. Mais une part des priorités de chaque unité de recherche pourra se situer en dehors des sept défis scientifiques et technologiques, notamment pour tenir compte du contexte local et régional. Bien sûr, pour chaque unité de recherche comme pour l'institut dans son ensemble, ces choix d'objectifs prioritaires ne doivent pas se transformer en cadres rigides : chaque unité de recherche devra continuer à être capable de mener avec succès des activités de recherche hors de ses objectifs prioritaires.

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Le transfert technologique participe au premier chef des missions de l'INRIA, et l'affirmation de l'existence d'une synergie très fructueuse entre la dynamique interne des questions scientifiques et l'écoute des problèmes du monde extérieur est l'un des points forts de la culture de l'institut. A travers diverses modalités de transfert, l'INRIA a fortement accru ses efforts et obtenu de belles réussites au cours des dernières années, et il doit amplifier cette dynamique.

Cependant, si la qualité des résultats des recherches de l'institut est largement reconnue par ses partenaires, valoriser ces résultats et transférer les technologies issues de ces recherches reste souvent difficile à cause de nombreuses "barrières" et des difficultés d'accès aux marchés sur lesquels elles peuvent être exploitées. L'INRIA doit donc continuer à investir, en moyens humains et financiers, pour améliorer la qualité et l'efficacité du transfert technologique. Cette amélioration ne passe pas par la mise en place de nouveaux outils, mais par des inflexions et des évolutions des pratiques et des outils actuels.

Tout d'abord, l'institut doit renforcer le dialogue avec ses partenaires pour mieux écouter la demande des acteurs socio-économiques. Une meilleure compréhension des besoins des acteurs socio-économiques permet aussi aux chercheurs d'apprécier la " distance " qui sépare leurs travaux de l'utilisation qui pourra en être faite. L'INRIA s'attachera à développer ce dialogue et cette écoute à plusieurs niveaux.

  • L'institut doit conforter ses partenariats forts avec des grandes entreprises leaders sur leur marché, françaises ou étrangères, et en construire de nouveaux. Ces partenariats, qui s'inscrivent dans une perspective de moyen ou long terme, sont un outil privilégié de travail coopératif avec des grands industriels qui cherchent à mutualiser leurs coûts de recherche et développement.

  • A côté du club des sociétés issues de l'INRIA, il existe désormais un club d'industriels partenaires dans chacune des unités de recherche - sauf dans l'unité Futurs. Ces clubs sont aujourd'hui des lieux appréciés de diffusion de l'état de l'art et d'information sur les travaux de l'INRIA. l'Institut s'efforcera de mieux utiliser ces clubs comme outils de collecte des préoccupations des entreprises, notamment des PME.

  • Les activités de conseil exercées par les chercheurs et les ingénieurs de l'institut peuvent jouer un rôle important dans la diffusion de savoir et de savoir-faire, notamment auprès des PME et des acteurs des secteurs non marchands. Les informations recueillies à cette occasion doivent contribuer à la prise en compte par l'INRIA des demandes et des besoins exprimés.
    L'INRIA doit aussi amplifier les efforts qu'il a déployés ces dernières années pour accroître l'efficacité de ses méthodes et de ses outils pour le transfert technologique, afin d'apporter plus de valeur à ses partenaires.

  • Il faut examiner comment professionnaliser davantage les activités de développement logiciel, et améliorer la qualité de ce développement dans le processus même de la recherche et de la production de résultats scientifiques. De plus, il est nécessaire d'améliorer l'organisation et l'efficacité de la promotion des logiciels diffusables, qui est déterminante pour obtenir des succès significatifs, et de continuer à encourager les chercheurs à approfondir les réflexions pour choisir dans chaque cas le mode de transfert le plus adapté dans l'éventail des diverses licences de logiciels commerciaux et de logiciels libres.

  • L'INRIA doit renforcer ses compétences et ses moyens pour mieux gérer la propriété intellectuelle, dans le but de valoriser les résultats de ses recherches auprès des entreprises mais aussi, et de plus en plus sans doute, pour garder sa capacité à investir dans certains domaines de recherche.

  • La création d'entreprises reste un moyen privilégié de transfert de technologie car elle réunit dans une structure légère et réactive des technologies, leurs auteurs et les compétences managériales et commerciales dont l'union est nécessaire pour obtenir le succès. L'INRIA et sa filiale INRIA-Transfert poursuivront leur action pour encourager la création d'entreprises innovantes.

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La volonté de l'INRIA de jouer un rôle majeur dans le dispositif national exige de veiller à la qualité et à l'exigence du processus d'évaluation des chercheurs, des projets de recherche et des activités qui y sont liées. Des aménagements ont été apportés au processus d'évaluation des projets de recherche, visant notamment à demander aux chefs de projets de présenter davantage, lors d'une évaluation, leurs objectifs pour les prochaines années et les éléments de comparaison de leur projet avec les meilleures équipes de leur domaine au plan international. A côté de la "production scientifique traditionnelle", traduite en publications, et dont la prise en compte lors de l'évaluation par les pairs est plus classique, il faut examiner et valoriser un éventail d'activités très large : prendre en compte la grande diversité des activités de recherche, jusqu'aux travaux de développement de logiciels, évaluer l'impact des actions de transfert technologique, apprécier les actions de formation, les tâches d'encadrement, valoriser les responsabilités collectives et les tâches d'animation scientifique inter-projets ou interdisciplinaires, les expériences de mobilité, les efforts déployés pour des actions de vulgarisation ou de diffusion de l'information scientifique et technique, et toutes les formes de prises de risque. Au-delà des travaux déjà réalisés pour expliciter ses critères d'évaluation, qui portent sur tous ces types d'actions, l'INRIA doit encore progresser pour que ses processus d'évaluation prennent en compte de façon plus équilibrée l'ensemble de ces activités.

Ceci est particulièrement vrai pour les actions de transfert technologique. L'INRIA a deux grands objectifs stratégiques, excellence scientifique et transfert technologique, et leur équilibre dans les évaluations des chercheurs et des projets de recherche est essentiel. C'est pourquoi il est indispensable que l'institut s'engage dans un travail approfondi, avec ses partenaires industriels, pour mieux évaluer les activités de transfert technologique et mesurer leur impact.

 

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