Construire des pôles d'excellence dans le domaine des STIC

Au sein du dispositif de recherche français en informatique et mathématiques appliquées, l'INRIA est le seul établissement dédié au domaine de l'informatique et des mathématiques appliquées. La qualité de ses chercheurs, son implication dans la formation par la recherche et ses résultats en matière de recherche comme en matière de transfert technologique, mais aussi son engagement résolu dans la construction de l'espace européen de la recherche et dans la compétition internationale, font de l'INRIA, parmi les acteurs français de la recherche dans ce domaine, celui qui jouit de la plus grande visibilité internationale.

Cette situation confère à l'institut une responsabilité particulière. Pour contribuer pleinement à la réussite de la politique de recherche française dans le domaine des STIC, l'INRIA doit jouer un rôle de fer de lance du dispositif français de recherche et d'enseignement supérieur en informatique et mathématiques appliquées dans la compétition internationale. Pour cela, il devra construire dans les prochaines années, dans une dynamique de relations étroites avec l'enseignement supérieur, huit unités de recherche jouant un rôle de leader dans les sites où elles sont implantées avec l'objectif que ces sites soient reconnus comme des pôles d'excellence de niveau européen et international. Ces pôles devront réunir les activités de formation, de recherche et d'innovation technologique, pour attirer les meilleurs spécialistes - les scientifiques les plus renommés, les étudiants les plus brillants, les entreprises innovantes les plus dynamiques -, jouer un rôle régional fort et avoir une grande visibilité européenne et internationale.

Cependant l'institut doit veiller à conserver sa capacité de coordination de ses activités au niveau national. La vision globale de l'ensemble de ses projets de recherche repose sur une organisation en un petit nombre d'unités de recherche dont les directeurs sont membres de l'équipe de direction nationale, et sur le processus d'évaluation par lequel sont évalués simultanément les projets dont les activités sont proches, quelles que soient leurs localisations géographiques. Ces éléments contribuent de façon essentielle à la capacité de l'institut à définir une stratégie et une politique scientifique d'ensemble.

Les collaborations de l'INRIA avec les autres acteurs du dispositif national de recherche et d'enseignement supérieur sont déjà nombreuses et actives, l'institut continuera d'encourager l'implication très forte de ses chercheurs et de ses équipes dans les activités de la communauté scientifique nationale. Dans cette optique, la politique d'accueil de l'INRIA joue un rôle important. Elle permet à l'institut d'accueillir chaque année dans ses équipes plusieurs dizaines d'enseignants-chercheurs, de chercheurs, ou de fonctionnaires de corps techniques de l'Etat. L'INRIA poursuivra dans les prochaines années cette politique d'accueil de grande ampleur, avec l'objectif d'y consacrer 15% à 20% de ses postes de chercheurs, et il s'attachera à l'orienter davantage en faveur du développement de ses relations avec les autres domaines scientifiques, avec une priorité pour le domaine des sciences du vivant.

Au-delà de ces aspects, il est important d'aborder ici les questions liées à l'organisation des partenariats avec les autres établissements au sein du dispositif national de recherche en STIC. Dans le cadre de la préparation du Plan stratégique, et en lien avec une démarche de réflexion lancée à ce sujet par le ministère chargé de la recherche, les évolutions à envisager pour développer les pôles d'excellence auxquels participe l'institut, améliorer la lisibilité du dispositif et accroître la complémentarité entre l'INRIA et le CNRS ont fait l'objet d'analyses approfondies au sein de l'institut et de nombreux échanges avec les établissements partenaires, universités, écoles et CNRS. Ces propositions reposent sur l'hypothèse que le CNRS et l'INRIA s'engagent conjointement et de façon complémentaire dans une politique de soutien aux grands pôles régionaux de recherche en informatique et automatique et se coordonnent régulièrement pour partager leurs réflexions prospectives et stratégiques, organiser leur complémentarité et leur coopération, que ce soit dans les pôles d'excellence où ils seront présents côte à côte ou dans le cadre des projets "hors-sites" qui resteront le plus souvent des équipes communes aux deux organismes.

La perspective ouverte par ces propositions est donc que, sur chacun des huit pôles où l'institut est présent - voire neuf si l'on compte séparément Grenoble et Lyon - l'unité de recherche de l'INRIA serait essentiellement constituée, à terme, d'une unité de recherche commune avec les universités ou écoles (UCR), à laquelle s'ajouteront, comme c'est déjà le cas aujourd'hui, un nombre modéré de projets de recherche "hors-sites". Ce "modèle", où existerait sur chaque pôle une seule UCR, permettrait de conserver les principales qualités de l'organisation de l'INRIA qui ont contribué de façon reconnue à son succès et à son efficacité :

- une organisation avec un petit nombre d'unités de recherche dont chacune rassemble une masse critique substantielle, dispose de services de soutien à la recherche efficaces et proches, joue un rôle d'animation important dans le tissu académique et industriel régional, et a pour objectif d'acquérir une grande visibilité au niveau européen et international,

- un très petit nombre de niveaux hiérarchiques, sans intermédiaire entre les responsables des projets de recherche et les directeurs d'unités qui sont membres de l'équipe de direction nationale de l'INRIA, partagent ainsi une vision commune de la politique de l'institut et assurent une bonne liaison et une bonne intégration des "politiques de site".

Une évolution importante, à l'échelle nationale, concerne les choix effectués par l'INRIA pour ses nouvelles implantations. Le schéma de développement approuvé par le conseil d'administration prévoit l'ouverture de trois nouvelles unités de recherche à Bordeaux, à Lille et sur le plateau de Saclay. Pour lancer la dynamique de son implantation sur ces trois sites et bien l'intégrer dans son organisation interne, l'institut a créé au 1er janvier 2002 l'unité de recherche Futurs, trilocalisée. Du point de vue de la croissance des effectifs, le développement de l'implantation de l'INRIA sur les trois sites de l'unité de recherche Futurs - Bordeaux, Lille et Saclay - est le premier enjeu des prochaines années.

L'approfondissement des réflexions sur ces propositions nécessitera bien sûr de préciser, en lien avec les universités et écoles concernées, le "concept" d'UCR, unité commune de recherche entre l'INRIA et les universités ou écoles. L'INRIA est conscient que ces propositions d'évolutions d'organisation soulèvent de nombreuses questions2 . Il estime indispensable de se donner plusieurs mois pour mener à ce sujet une concertation approfondie avec les personnels concernés et pour poursuivre, avec les établissements partenaires et le ministère chargé de la recherche, la réflexion sur ces propositions et sur d'autres projets d'évolution qui seraient proposés par les établissements partenaires, en tenant compte des spécificités de chaque site où est implanté l'institut.

 

2 Il faut notamment préciser que les réorganisations de laboratoires envisagées ici devront, si elles sont mises en oeuvre, être conduites avec le souci de préserver la dynamique des équipes de recherche existantes communes à plusieurs établissements. Il est clair aussi que ces éventuelles réorganisations conduiront à revoir les choix d'objectifs prioritaires des unités de recherche présentés plus haut puisque ces choix sont faits dans le présent Plan stratégique sur la base des contours actuels des unités de recherche, et que les réorganisations auront probablement pour effet, sur certains pôles, que certaines équipes travaillant sur les thèmes prioritaires se retrouvent rattachées à d'autres laboratoires.

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