L’organisation générale de la recherche en France connaît depuis la loi de programme pour la recherche et la loi « Liberté et responsabilité des universités » une évolution accélérée, notamment à travers la création de l’ANR, des pôles de compétitivité, des pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) et des réseaux thématiques de recherche avancée (RTRA), autant d’outils qui visent à renforcer les universités et à les amener au meilleur niveau mondial en matière de formation et de recherche.
Dans le domaine des sciences et technologies de l’information et de la communication, l’INRIA est parfaitement en mesure de piloter, dans son domaine, une politique nationale élaborée dans une perspective européenne et internationale, créer un effet d’entraînement avec les universités, et mener une politique de transfert et d’essaimage.
En effet, son modèle de recherche établit de fortes coopérations avec le monde académique et socio-économique. Les équipesprojets INRIA sont réparties dans les huit centres de recherche qui maillent le territoire. Chacun de ces centres est en interaction avec les universités et organismes de sa région ainsi qu’avec le tissu économique local. Porteur d’une politique scientifique forte, l’INRIA peut donc s’affirmer comme le chaînon indispensable entre les structures de financement de la recherche (ANR, Commission européenne...) et les pôles universitaires régionaux.
L’institut s’engage à établir localement des conventions avec chacun des partenaires régionaux pour préciser les modalités de soutien à des équipes-projets INRIA communes, et conduire avec eux une politique scientifique dynamique. L’évaluation de chaque équipe par les meilleurs experts internationaux du domaine sera maintenue et développée.
Suivi d’objet par la couleur — MAIA.Le recrutement des meilleurs chercheurs, en utilisant au mieux les possibilités statutaires, se fera à tous les niveaux, tant pour les titulaires que pour les contractuels, avec une forte ouverture internationale. La proportion d’étrangers parmi les scientifiques recrutés sera maintenue aux environs d’un tiers, en diffusant, à l’étranger, les avis de concours et en affirmant la présence de l’INRIA sur le marché mondial de l’emploi scientifique.
Vers les étudiants, l’INRIA continuera de développer ses programmes d’accueil de stagiaires et de doctorants. Il accompagnera les universités et les grandes écoles pour mettre en place des formations bilingues français-anglais au niveau du master et du doctorat. Les programmes de coopération scientifique, Sabbatiques (séjours de longue durée) et Explorateurs (séjours de courte durée), seront renforcés. L’institut favorisera la mobilité des scientifiques vers les universités et les entreprises.
Les politiques d’accueil de titulaires en détachement, d’accueil temporaire de jeunes ingénieurs et de spécialistes seront maintenues et développées.
Une attention particulière sera portée au déroulement de carrière et à l’amélioration des rémunérations.
Cette politique ne saurait être menée sans des actions de communication externe destinées à combler le retard d’image de la recherche en informatique vers deux types de publics : d’une part les jeunes, dont la désaffection pour les sciences constitue une réelle préoccupation, et, d’autre part, plus généralement, le citoyen, qui est impacté directement par les profondes transformations que la science informatique induit dans la société, jusqu’au coeur de la vie quotidienne. La communication s’attachera à expliquer les enjeux et la nature de la recherche en informatique, qui restent aujourd’hui largement ignorés du grand public. L’INRIA amplifiera ses actions de vulgarisation scientifique en renforçant la présence de ses chercheurs dans les grands médias, en adaptant son site web, et en organisant et en participant à des événements dédiés aux STIC. Il veillera à une information des décideurs sur les résultats de ses recherches.
L’organisation de la recherche en équipes-projets aux objectifs bien identifiés, d’une grande réactivité, présentes à la fois sur les fronts de la production de connaissances, du développement et du transfert technologique, et régulièrement évaluées, répond aux attentes sociétales et aux besoins de la recherche en STIC. L’institut renforcera la coordination des travaux des différentes équipes-projets par des actions d’animation scientifique, des actions transversales de recherche ou de développement, et des actions d’envergure nationale. Il favorisera l’autonomie des jeunes chercheurs, en les orientant vers des possibilités de mobilité, d’encadrement ou de pilotage d’actions de recherche collaborative ou d’actions exploratoires, en rupture avec les thématiques bien établies. Ces missions seront prises en charge par les directions scientifiques sous la coordination du délégué général à la recherche et au transfert pour l’innovation.
Souvent nécessaire à la production de connaissances, il est l’interface indispensable entre les connaissances scientifiques et le transfert vers l’entreprise. La complexité des objets de recherche requiert des expérimentations à grande échelle et des platesformes de développement.
L’institut renforcera ses Services d’expérimentation et développement (SED), en y augmentant le nombre des ingénieurs permanents et des « ingénieurs-associés » temporaires. Il mettra en place des actions de développement technologique, menées conjointement par plusieurs équipes-projets et services de développement, en collaboration avec des partenaires. Il développera les opérations de développement logiciel, qui ont pour objectif de renforcer le développement et la diffusion des logiciels issus de la recherche. Il mettra à disposition des équipes-projets des plates-formes de développement expérimentales mutualisant les coûts d’infrastructure et d’exploitation. L’INRIA renforcera encore sa présence au sein des organismes de normalisation.
Pour évaluer et apprécier la pertinence et la qualité de l’activité de développement, l’institut mettra en place une évaluation des contributions technologiques par les pairs - en particulier dans le domaine du développement logiciel - qui sera prise en compte dans celle des chercheurs et des équipes.
Cyclope : capteur optique pour la réalité virtuelleDans la société de la connaissance, la R&D est un facteur clé de compétitivité pour les entreprises. Fortement contraintes par des cycles très courts de développement industriel, les actions de transfert doivent s’engager particulièrement tôt dans le processus de recherche et de dévéloppement.
L’INRIA adoptera une stratégie plus proactive et sectorielle : il s’agit d’identifier en amont, secteur par secteur et au cas par cas, des voies possibles de transfert et des objectifs d’innovation. En interne, cela se traduira par l’identification d’un portefeuille d’actions d’innovation visant à élaborer une « offre INRIA » lisible et cohérente, et à faciliter le transfert direct.
L’institut concentrera une plus grande part de ses efforts vers un petit nombre de partenaires stratégiques, avec lesquels seront partagés en amont une vision et des objectifs de transfert, et mises en oeuvre des actions programmatiques. Parmi les diverses modalités de collaboration, celle des laboratoires communs recherche-industrie sera particulièrement privilégiée.
La création d’entreprise restera un axe fort du transfert, avec la définition d’un processus permettant de faire émerger des projets d’essaimage, qui s’ajoutera au traditionnel soutien à l’incubation de l’entreprise. L’institut proposera aussi des formations à l’entreprenariat et à l’innovation.
Enfin, le transfert via les logiciels libres sera pensé dans le cadre de cette stratégie proactive, en identifiant le mieux possible l’effet d’amplification attendu d’une diffusion via des communautés de développeurs et d’utilisateurs.
L’INRIA renforcera sa position au sein des pôles de compétitivité, aux côtés des grands acteurs industriels, mais aussi avec des PME, et s’attachera également à développer sa politique de transfert à l’international, notamment par le biais de laboratoires académiques conjoints. Parallèlement, il devra se tourner vers de nouveaux partenaires industriels, dans les secteurs de la santé, de l’énergie, de l’environnement ou des services.
Une telle politique ne va pas sans un renforcement des mécanismes de protection et de valorisation de la propriété intellectuelle. Des dispositifs d’appui au dépôt de brevets seront mis en place à côté de ceux existant pour le dépôt de logiciel, et l’institut définira une ligne d’action claire sur les logiciels libres, dans le cadre des licences CECILL.

L’INRIA a la volonté d’amplifier, dans les prochaines années, sa mission de formation des jeunes doctorants dans toutes les dimensions qu’elle revêt : un nombre de doctorants accueillis dans les centres équivalent à celui des chercheurs et enseignantschercheurs, une grande vigilance quant à la qualité des thèses préparées et à la qualité de la formation dispensée aux doctorants, formation qui sera complétée par des stages en entreprises, des séminaires, des écoles d’été, etc. En lien avec ses partenaires, l’institut poursuivra la politique de revalorisation de la rémunération des doctorants et d’accroissement du nombre des financements de thèses, notamment à travers les « contrats de recherche doctorale INRIA sur subvention » (CORDI-S), et dans le cadre de partenariats avec des entreprises ou des collectivités. L’INRIA mènera des actions de sensibilisation en direction des lycéens et étudiants de premier cycle universitaire, et, plus spécifiquement, vis-à-vis des jeunes femmes, trop peu présentes dans le domaine des STIC. Il amplifiera sa politique de partenariat avec les écoles doctorales.
Internet a depuis quelques années bouleversé les pratiques de publication des chercheurs, en autorisant un accès libre et gratuit à tous les lecteurs. Ce mouvement – acté en octobre 2003 par la « Déclaration de Berlin », dont l’INRIA est signataire – a permis d’accroître l’impact des publications dès lors qu’elles sont rendues disponibles dans une « archive ouverte ». L’INRIA s’est associé avec ses partenaires à l’archive ouverte HAL, plate-forme de dépôt commune pour la production scientifique, et s’est donné comme objectif que toutes les publications de ses chercheurs y soient enregistrées.
Vers le citoyen, vers les jeunes, et vers tous ceux qui assimilent l’informatique à ses usages ou la réduisent à un outil, il devient urgent de faire simultanément comprendre les enjeux de la recherche et d’expliquer la dimension scientifique du domaine.
L’INRIA dispose d’un site de culture scientifique — Interstices — dont le corpus sera enrichi et rendu plus accessible au public lycéen. L’institut étendra ses relations avec l’Éducation nationale, en développant avec les enseignants des actions en direction des élèves.
Vers les étudiants, l’INRIA participera avec les établissements d’enseignement supérieur au développement « d’universités numériques thématiques ». Un maillage avec les sites de culture scientifique européens, permettant l’échange de contenus et d’images, sera engagé.
L’INRIA dispose d’un site web de culture scientifique :La qualité et la rigueur du processus d’évaluation des équipes-projets et des chercheurs sont au coeur de la vie scientifique de l’institut.
L’évaluation de chaque équipe-projet est menée, tous les quatre ans, au cours d’un séminaire thématique et par une commission composée d’une dizaine d’évaluateurs académiques et industriels, français et étrangers. Elle apprécie les contributions scientifiques, les développements technologiques (logiciels), les activités de transfert, les contributions à l’enseignement et à la formation par la recherche ainsi que les tâches d’encadrement. Elle fournit un rapport d’évaluation qui établit des recommandations sur la prolongation ou l’arrêt de chaque équipe-projet. Ce processus, particulièrement dynamisant et performant, sera maintenu en complément de celui que l’AERES met en place pour les centres de recherche.
Une des priorités de l’INRIA est son engagement dans l’espace européen de la recherche. La participation aux programmes-cadres constitue sur ce plan un des enjeux majeurs. Les chercheurs de l’institut ont participé à 119 projets du 6e PCRD, dont 93 seront encore actifs jusqu’en 2010. Sur le 7e PCRD qui vient d’être lancé, le taux de succès des propositions INRIA est déjà très élevé.
L’institut continuera à encourager fortement ses chercheurs à candidater sur les appels du Conseil européen de la recherche (ERC). Les échanges interfrontaliers seront développés et des équipes-projets communes seront constituées avec des établissements d’enseignement et de recherche de pays voisins.
En s’appuyant notamment sur le consortium ERCIM, dont il a été l’un des fondateurs, l’INRIA continuera de s’impliquer fortement dans des échanges avec la communauté scientifique et technologique européenne, en renforçant le programme de bourses post-doctorales européennes, en développant ses relations avec de grands industriels européens, en participant activement aux programmes Euréka ITEA consacrés aux logiciels embarqués et distribués. Il s’engagera tout particulièrement sur les platesformes technologiques européennes dont il a adhéré aux structures de gestion.
La stratégie internationale de l’institut décline ses priorités par zones géographiques. Des coopérations fortes seront poursuivies avec les États-Unis et développées en Amérique du Sud (Brésil, Chili, Uruguay et Argentine). Les échanges avec l’Asie – en particulier la Chine, où le laboratoire LIAMA est déjà un acteur important, mais aussi Hong Kong, Taïwan, Singapour et l’Inde – seront approfondis, notamment en augmentant les flux de jeunes avec ces pays. Enfin, les pays africains, notamment ceux du Maghreb, resteront une zone de collaboration privilégiée avec une amplification du soutien à la formation par la recherche et à des projets communs de recherche.
Visualisation des grandes voies de connexionLes priorités des fonctions de support et d’accompagnement de la recherche sont centrées sur l’amélioration de la qualité et de l’efficacité des services apportés. Elles se structurent autour de six grands axes : la politique de ressources humaines ; le renforcement de la déconcentration ; la mise en place d’une démarche qualité ; le déploiement d’un système d’information plus performant ; l’efficacité des structures de gestion mutualisées en appui des équipes-projets ; le partage d’une culture de management.
Une gestion des ressources humaines fondée sur le développement des compétences est un des points clés du succès de l’institut, dans un contexte d’intense compétition mondiale pour attirer les meilleurs. des emplois et des compétences, en particulier sur les métiers scientifiques. Le suivi de l’évolution professionnelle sera amélioré et renforcé, à travers les processus d’évaluation individuelle, mais aussi par la formation et l’accompagnement. La démarche de professionnalisation des managers de l’institut se poursuivra. L’institut veillera tout particulièrement à la promotion des femmes dans les métiers de chercheurs et les postes à responsabilité.
La gestion financière et administrative sera fiabilisée et simplifiée, dans le cadre du protocole de modernisation financière et comptable signé en 2006, et dans la perspective de la certification des comptes de l’institut, prévue à partir de 2009. Rénovation de nombreux processus internes, formalisation de dispositifs d’audit et de contrôle de gestion, dématérialisation des pièces administratives et comptables, meilleure maîtrise du budget et des coûts grâce à la mise en place d’un système de pilotage figurent parmi les priorités. Une démarche de professionnalisation accrue des acteurs complètera ce dispositif.
Disposer d’un système d’information plus complet, plus efficient et plus « urbanisé » est la condition du bon fonctionnement d’une organisation très décentralisée comme celle de l’INRIA. Le schéma d’orientation du système d’information prévoit de développer une logique de service, de systématiser une approche globale de ces services et de généraliser les démarches qualité permettant de gagner en fiabilité et en disponibilité. Parmi les priorités, on peut citer le déploiement d’un outil de GRH performant, le développement du travail en réseau, la rénovation du dispositif d’information scientifique et technique, ou la mise en place d’une politique de sécurité informatique.
La communication interne aura mission de relayer et de porter ces changements vers les collaborateurs de l’institut. Il s’agira d’expliciter les enjeux, de donner du sens, d’emporter l’adhésion des personnels et de développer le sentiment d’appartenance autour de valeurs partagées. Cela pour l’ensemble de l’institut et dans les centres de recherche, ce qui implique de renforcer la coordination entre le national et le local. Une adaptation des supports et des moyens existants sera faite pour servir au mieux ces objectifs.
L’INRIA possède une organisation très « plate », avec trois niveaux de management. Les quelque 150 équipes-projets constituent la cellule de production de base. Elles sont regroupées au sein de huit centres de recherche, dont les directeurs ont une mission à la fois scientifique et managériale et, à ce titre, pilotent la politique de R&D du centre et les fonctions d’appui à la recherche assurées par des services mutualisés. Les huit directeurs de centre et les neuf responsables des « directions fonctionnelles » du siège forment, autour de la direction générale et au sein du comité de direction, la direction nationale.
Le pilotage de l’INRIA est conduit selon un schéma matriciel qui articule les structures opérationnelles de production scientifique et technologique, que sont les centres de recherche, et les lignes fonctionnelles portées par les directions du siège. L’institut fonctionne selon le principe d’une forte déconcentration au niveau des centres de recherche, avec une grande autonomie des équipes-projets, les directions fonctionnelles garantissant l’unité de la politique de l’institut.