Plusieurs projets
de recherche de l'INRIA développent des solutions adaptées
aux nouveaux usages de l'Internet tout en assurant la sécurité des échanges.
Le réseau Internet évolue au fil de son incroyable déploiement
mondial depuis le début des années 1990. Il doit sans cesse
faire face à de nouveaux défis liés aux évolutions
de sa mise en œuvre. Un des plus préoccupants à l'heure
actuelle concerne la sécurité des communications : il est
relativement facile d'usurper l'identité d'un utilisateur et de
récupérer des informations en son nom. De nombreuses recherches
ont pour but de combler cette lacune.
Un autre sujet de préoccupation a pris beaucoup d'importance ces
dernières années : l'adaptation du réseau à la
mobilité sans cesse accrue de ses utilisateurs. Comme les téléphones
portables, les ordinateurs sont eux aussi de plus en plus mobiles. Le défi
est de conserver leur connexion à l'Internet quelque soit le type
de déplacement, que ce soit dans le réseau de raccordement
habituel de l'appareil (qu'on appelle le réseau mère) ou
sur de très grandes distances, d'un pays à un autre par exemple.
Avec les prochaines générations de téléphones
portables (de 3ème génération), des milliards de machines
mobiles seront connectées au réseau. Sans compter que cette
mobilité pose également des problèmes spécifiques
en terme de sécurité.
Ces différents aspects font l'objet de propositions de recommandation à l'IETF (Internet engineering task force). IPv6, comme son précurseur IPv4,
assure l'attribution automatique des adresses de chaque machine (l'adresse
IP est une longue suite de chiffres), sésame indispensable avant
toute communication sur le réseau. Pour éviter de devoir
mémoriser les adresses IP des machines, un nom est attribué à chacune.
La correspondance entre les adresses et les noms de machine est stockée
dans une grande base de données baptisée DNS (Domain name
system).
Améliorer la sécurité des transmissions
Mais l'accès à cette base n'est pas sécurisé,
l'identité de chaque machine n'est pour l'instant pas authentifiée.
Lors d'une demande de connexion, une identité peut donc facilement être
usurpée et les données piratées. Des chercheurs du
projet de recherche ARMOR à Rennes participent à un groupe
de travail à l'IETF baptisé DNSext sur le sujet, depuis 2002.
Ils proposent plusieurs méthodes pour mettre en œuvre la sécurisation
des requêtes d'adresses Internet IP.
L'IETF réfléchit par ailleurs à un schéma de
sécurisation des communications Internet.
Des chercheurs du projet de recherche
PLANETE à Grenoble défendent
avec des chercheurs de Sun Microsystem une solution d'adresses IPv6 cryptographiques
baptisée CGA (Cryptographically generated addresses), un identifiant
sécurisé. Elle permet à une machine de prouver qu'elle
utilise une adresse qui lui est attribuée. Les applications sont
nombreuses. On peut ainsi résoudre le problème d'usurpation
d'adresse et de détournement de connexion mobile IPv6, ou encore
sécuriser le protocole qui permet à une machine de configurer
son adresse IPv6. Ces adresses cryptographiques sont en cours de recommandation à l'IETF.
Le mécanisme de sécurisation qui en découle, intitulée
HIP (Host Identity Protocol), introduit un nouvel " espace de nommage " pour
identifier de façon sécurisée les extrémités
(autrement dit les terminaux) d'une communication. Concrètement,
il s'agit d'attribuer à chaque extrémité, donc à chaque
machine, un identifiant sécurisé, dérivé de
sa clé publique, qui sera ensuite utilisé par exemple au
niveau des applications pour identifier les extrémités d'une
communication.
Le protocole HIP découple identifiant et localisation
De cette façon ces couches supérieures deviennent indépendantes
des adresses IP (v4 ou v6), et donc de la localisation, et utilisent des
identifiants sécurisés. Tout ceci est rendu possible grâce
au protocole HIP assurant la conversion entre les identifiants et les adresses
IP. Des chercheurs du projet de recherche
RESO (INRIA Rhône Alpes)
participent à ces travaux, dans le cadre du groupe de travail HIP,
en collaboration avec des chercheurs de Sun Microsystems.
RESO étudie
des solutions de transmission de données adaptées aux grilles
de calcul, ces centaines ou milliers d'ordinateurs mis en réseaux
pour mettre en commun de grosses capacités de calcul. Les problèmes
de sécurité sont au premier plan des préoccupations
de l'équipe pour d'évidentes raisons de confidentialité des
applications en jeu et de protection des ressources interconnectées.
Plusieurs de leurs propositions ont été acceptées
et sont en bonne voie de standardisation : l'une consiste à créer
une extension de la base de données DNS pour le protocole HIP, l'autre
consiste à se passer de DNS. Deux implémentations ont déjà été réalisées, à l'INRIA
et dans un laboratoire finlandais (HIIT).
Prendre en compte la mobilité
Concernant la mobilité, la solution retenue à l'heure actuelle
par l'IETF est un protocole baptisé Mobile IP : le mobile dispose
d'une adresse permanente connue de tous et d'une adresse temporaire liée à ses
déplacements. Mais les communications de ses correspondants arrivent à son
adresse permanente et lui sont retransmises à son adresse temporaire.
Autant d'échanges qui augmentent les risques d'attaque des mobiles
par piratage des messages de signalisation. Depuis début 2000, des
chercheurs du projet de recherche
ARMOR (avec la contribution de chercheurs
du projet PLANETE ont défendu une solution à l'IETF destinée à renforcer
la sécurité des communications entre le mobile et son réseau
mère : elle permet à un mobile, utilisant le protocole Mobile
IPv6, de se déplacer sans révéler son adresse IPv6
permanente. Leur proposition a été retenue. Elle est recommandée
depuis juin 2004 (
RFC 3776, Request for comment). Les travaux de recherche
et les implémentations se poursuivent.
Autre problème lié aux protocoles Mobile IP : ils traitent
la micro et macro-mobilité de façon identique. Une machine
doit communiquer à ses correspondants sa nouvelle adresse temporaire à chacun
de ses déplacements, quelle que soit l'amplitude de son mouvement,
alors même que la majorité des mouvements sont locaux. A l'évidence,
cette énorme quantité de messages générée
risque de faire " écrouler " le réseau. Des chercheurs
du projet de recherche PLANETE proposent de traiter le problème
de façon " hiérarchique ", à plusieurs niveaux
: conserver le principe de communication avec le réseau mère
(et le protocole Mobile IP) lors de grands déplacements et gérer
en revanche la mobilité locale sans lui envoyer systématiquement
des informations. Un groupe de travail a été créé sur
le sujet à l'IETF en 2000. Parmi les différentes solutions
proposées, c'est celle de l'INRIA qui a finalement été retenue
et que défend aujourd'hui Ericsson. Baptisée HMIPv6 (Hierarchical
mobile IPv6) et recommandée depuis août 2005 (RFC 4140), elle
utilise un protocole interne lors des mouvements locaux, en les cachant
aux autres correspondants. Autre caractéristique du protocole HMIPv6
: il permet de cacher la position géographique des mobiles de l'Internet.
De fait, il ne révèle à ses correspondants qu'une
adresse globale qui fournit très peu d'information sur la localisation
géographique du mobile. Une caractéristique qui peut parfois
avoir son intérêt.