Les protocoles, clés
de voûte du fonctionnement d'Internet, doivent être adaptés à l'explosion
du nombre de machines connectées. En première ligne, les
protocoles Internet, cet ensemble de règles, conventions et mécanismes
qui permettent à un réseau de fonctionner correctement. Ces
protocoles nécessitent en particulier l'attribution d'une adresse
pour chaque machine (l'adresse IP), sésame indispensable avant toute
communication sur le réseau. L'adresse IP est un nombre de taille
fixe et la quantité de machines connectées dépasse désormais
la capacité maximum d'attribution (un peu plus de 4 milliards d'adresses
distinctes).
A l'heure actuelle, le réseau utilise surtout le protocole IPv4 (Internet
protocol, version 4) recommandé par l'IETF (Internet
engineering task force), l'organisme de standardisation des protocoles Internet.
Mais un mécanisme d'adressage
permettant un plus grand nombre d'adresses Internet est en cours de déploiement.
Baptisé IPv6, il devrait bientôt devenir le standard utilisée
pour le nouvel Internet. Les premières spécifications de l'IETF
ont été publiées en décembre 1995.
Rapidement, les acteurs majeurs français se sont regroupés
au sein d'une association (baptisée G6) pour favoriser le développement
et le déploiement de cette nouvelle version. Dès le début,
le projet de recherche ARMOR y
a été très actif.
Il associe des chercheurs d'un laboratoire de l'ENST Bretagne spécialisés
dans les protocoles de réseaux à ceux de l'INRIA Rennes reconnus
pour leurs compétences dans les modélisations, tests et évaluations
des réseaux.
Préparer l'Internet du futur
L'équipe a proposé à l'
IETF une
solution au problème
d'adressage. Elle fait intervenir un mécanisme qui permet de résoudre
temporairement le problème de manque d'adresses Internet des protocoles
IPv4. Beaucoup de leurs travaux concernent, par ailleurs, la transition du
protocole IPv4 à IPv6 par le biais de l'attribution temporaire d'adresses
IPv4 uniquement lorsque les applications en ont besoin. Cela permet d'utiliser
la nouvelle version du protocole quand cela est possible et les anciennes
applications peuvent profiter des avantages d'IPv6 (comme la mobilité,
l'autoconfiguration). Les chercheurs d'
ARMOR ont
proposé des solutions
sur le protocole lui-même et son impact sur les applications, comme
la technologie
DSTM (Dual
stack transition mechanism) soumise à l'
IETF en
1999 : elle permet de faire cohabiter les protocoles IPv4 et IPv6 sur une
même machine. DSTM est en concurrence avec d'autres solutions.
Trois implémentations ont déjà été réalisées, à l'ENST
Bretagne, par l'ETRI (Electronics and telecommunications research institute)
en Corée et par Hewlett Packard.
Par ailleurs, des problèmes jusque-là non abordés avec
IPv4, comme la configuration des routeurs - les nœuds de communication
du réseau -, risquent de prendre beaucoup d'ampleur avec IPv6 compte
tenu de l'explosion du nombre de technologies mises en œuvre, du nombre
de machines connectées et de la complexité croissante du réseau,
dont la topologie varie avec la mobilité des utilisateurs. Concrètement,
s'il est possible actuellement de configurer automatiquement les machines,
ce n'est pas le cas pour les routeurs qui nécessitent l'intervention
d'un administrateur de réseau. Ce dernier doit configurer les différents
liens et routeurs du réseau et renouveler cette configuration à chaque
changement de topologie du réseau. Le problème se pose notamment à l'échelle
locale, dans le déploiement du réseau interne d'une petite
entreprise, sans administrateur de réseau, ou à domicile où différentes
technologies faisant appel à des liaisons sans fil ont le vent en
poupe.
En 2002, des chercheurs des projets de recherche ARMOR et ARES (Lyon)
ont proposé à l'IETF un protocole baptisé NAP (No administration
protocol) pour l'autoconfiguration des routeurs IPv6 et du réseau.
C'était la première proposition sur le sujet. Elle n'a cependant
pas trouvé d'écho suffisant à ce moment-là pour
susciter la création d'un groupe de travail dédié. Les
chercheurs des projets ARES et ARMOR ont néanmoins continué leurs
développements dans le cadre de projets de recherche avec France Telecom
et Alcatel. Nul doute que le sujet soit sous peu d'actualité à l'IETF.
Tester l'interopérabilité des nouveaux composants
En parallèle, pour assurer un déploiement fiable du réseau,
il est fondamental de vérifier que les nouveaux routeurs IPv6 sont
bien conformes aux spécifications d'ores et déjà définies
par l'IETF et qu'ils sont compatibles entre eux quelque soit l'industriel
(Cisco, Hewlett Packard, Samsung…) qui les construit. Pour cela, tout
nouveau produit doit être testé en terme de compatibilité avec
les spécifications et d'" interopérabilité ".
C'est une des activités des chercheurs d'ARMOR, qui développent
des méthodes de tests de protocoles depuis maintenant 4 ans en collaboration
avec l'ETSI (European telecommunications standards institute), l'organisme
européen de normalisation dans le domaine des télécommunications.
Des essais comparables développés par d'autres laboratoires
américains et japonais étaient mis en oeuvre aux Etats-Unis
et en Asie. Pour permettre une validation internationale (appelée
IPv6 ready logo program), les différents acteurs se sont regroupés
l'an dernier, sous l'impulsion de l'IPv6 Forum, organisation internationale
de promotion d'IPv6. Ils s'appuient notamment sur des sessions de test (trois
par an, successivement au Japon, aux Etats-Unis et en Europe) au cours desquelles
toutes les compagnies impliquées dans le déploiement d'IPv6
font tester leurs composants. Le projet de recherche ARMOR a largement contribué au
lancement de ce programme de certification mondial et en est le représentant
pour l'Europe. Huit chercheurs et ingénieurs y travaillent aujourd'hui
autour de César Viho. Environ une centaine de composants IPv6, provenant
essentiellement de compagnies américaines (Cisco, Microsoft …)
et asiatiques (Samsung...) a obtenu cette certification. En Europe, les premières
entreprises certifiées sont 6wind et Ericsson.